Viol, une histoire d’amour de Joyce Carol Oates

Le premier chapitre est intitulé  Elle l’a cherché et commence par ses mots :

Après qu’elle eut été violée, frappée, battue et laissée pour morte sur le sol crasseux du hangar à bateaux de Rocky Point. Après qu’elle eut été traînée dans le hangar par ses cinq types ivres – à moins qu’ils aient été six ou sept – et sa fille de douze ans avec elle qui hurlait Lâchez-nous ! Ne nous faites pas de mal ! Ne nous faites pas de mal s’il vous plait !..

C’’est le 4 juillet, en ce jour de fête nationale, l’alcool coule à flots, les esprits sont échauffés et à la tombée de la nuit les bagarres éclatent. D’ailleurs la police est très sollicitée et certains préfèrent ne pas être de permanence ce soir là.

Mais Droomor s’en fiche, c’est un drôle de garçon, un policier taciturne, ancien de la guerre du Golf qui « n’était pas du genre à regarder en arrière et (…) n‘était pas du genre à avoir des regrets.  Ce qui arrive, arrive » et que rien n’arrête.

Tina et sa fille Bethel, douze ans, sont chez Casey ce soir. Les adultes sifflent quelques bières en écoutant de la musique et la petit s’ennuie et s’endort sous la véranda, malgré la musique.

Puis Tina la réveille pour rentrer chez elles. Pour aller plus vite, elle décide de couper par le parc, le long du lac et là commence la rencontre avec l’horreur, leurs vies vont basculer.

Au moins cinq jeunes si ce n’est pas sept, énervés par l’alcool, sous l’emprise de méthamphétamine s’en prendront à elles. Bethel réussira à se cacher mais entendra tout ce qui se passe.

Droomor sera le premier policier sur les lieux après que Bethel aura appelé les secours. C’est elle aussi qui identifiera les agresseurs « Dès que tu les as vus, tu les as reconnus. Tu as compris alors que tu n’oublierais jamais leurs visages. » 

Ils sont tous connus par les services de police, de petits délinquants qui engageront le meilleur avocat et le plus cher des avocats maître Kirpatrick qui mettra en pièce les accusations de la défense.

Tina si elle s’en sort physiquement est très éprouvée psychologiquement et c’est Bethel et sa grand-mère qui prendront les choses en mains. C’est très difficile de vivre normalement quand on rencontre les agresseurs à chaque coin de rue, au centre commercial ou que les sœurs des violeurs vous agressent.

La vie est devenue un enfer, la procureur est ridiculisée par Kirkpatrick et Droomor regarde les choses d’un mauvais œil.

Première découverte avec Joyce Carol Oates, dans une histoire difficile qu’elle mène tambour battant. L’écriture est simple, les phrases courtes pour donner du rythme.

Dans ce roman tout fuse comme les coups de fusil, les choses vont très vite et les rebondissements surprenants empêchent l’œil de se fermer.

C’est un court roman de 183 pages avec une construction particulière. Le narrateur passe de la deuxième à la troisième personne du singulier suivant les chapitres et c’est parfois un peu déroutant. Est-ce une habitude récurrente chez JC Oates ?

C’est un livre que j’ai aimé, lu presque d’une traite parce qu’on a envie de savoir si les assassins vont payer et comment Tina et Bethel vont se sortir de cette violence.

Mais à la fin on pourra toujours se poser la question de savoir si cet ouvrage est très moral, si la vengeance est un acte normal, si la justice est capable d’être efficace.

Elle la fille de Tina Maguire :

Dès que ta mère et toi avez été traînées dans le hangar de Rocky Point, tu as commencé à exister dans l’après. Jamais plus tu ne pourrais exister dans l’avant. Ce temps de ton enfance précédant celui où ta mère et toi êtes devenues des victimes avait disparu à jamais, aussi inaccessibles qu’une scène aperçue de loin et qui se dissipe en vapeur alors même qu’on la contemple avec envie.
« Maman! Ne meurs pas maman! Maman je t’aime ne meurs pas. »
Tu avais cru qu’elle était morte, sur le sol du hangar à bateaux. Tu avais rampé jusqu’à elle. Jusqu’à l’endroit où ils l’avaient laissée. Tenaillée par la douleur, terrifiée. Tu t’étais cachée dans le coin le plus sombre du hangar et tu avais pressée les mains sur tes oreilles et tu avais entendu les bruits atroces de l’agression subie par ta mère et tu avais cru entendre les bruits de sa mort si bien que toute ta vie il te semblerait que ta mère était morte, et que tu avais été un témoin de sa mort qui lui aussi était mort.
Après durerait des années. Tu vis encore ces années. Après durerait le reste de la vie de ta mère.
Ce que tu ne comprenais pas. Ce que personne n’aurait pu te dire. Que le viol n’était pas un incident qui s’était produit un soir dans le parce à la façon aléatoire dont tombe la foudre, mais la définition même de la vie de Tina Maguire, et par extension la tienne, après coup. Ce qui avait été Tina, ce qui avait été Bethie, fut brusquemment effacé. Ta mère serait La femme qui a été violée dans le hangar à bateaux de Rocky Point et tu serais Elle, la fille de Tina Maguire.                            
Pages 60 et 61. Chez POINTS

Sur l’auteur :

Joyce Carol Oates est née en 1938 dans l’état de New York. Elle commence à écrire vers quatorze ans, enseigne la littérature à l’Université de Princeton, son mari dirigeait une revue littéraire.

Elle a écrit un nombre de romans trop important pour les citer ici, le premier traduit en français date de 1970 et le dernier à ce jour en 2011.  

4ème de couve :

C’est sûr, elle l’a cherché. Elle a dû leur sourire, leur faire un signe, les aguicher. Et d’abord, que faisait-elle en pleine nuit dans le parc de Rocky Point ? En rentrant du feu d’artifice du 4 juillet, Tina Maguire a été violée, frappée et laissée pour morte sur le sol crasseux d’un hangar à bateaux. Cinq hommes ivres et camés l’ont souillée. Sous les yeux sidérés de sa fille. Et comme si ce n’était pas assez, elle doit maintenant faire face aux insultes des braves gens du quartier et à la mise en cause par la justice de sa version des faits…

J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Joyce Carol Oates 2012  sur le blog Les livres de George 

Publicités

6 réflexions au sujet de « Viol, une histoire d’amour de Joyce Carol Oates »

  1. Il a l’air dur aussi celui-ci, mais je reconnais le style qui m’a séduite dans Délicieuses pourritures, bien que je n’aie pas remarqué les « sautes » de première à la deuxième personne ! Non, ce ne doit pas être dans tous ses livres ! J’aime le don qu’elle a de faire d’une histoire banale (en peu de mots et avec un style percutant) une histoire haletante ! 🙂 Beau billet… (il va quand même falloir redire à George qu’il manque le G a Challenge sur son logo ! 😆 )

    J'aime

    1. Je vais à mon tour lire Délicieuses pourritures si j’arrive à vider une Pal qui gonfle. Ce bouquin est dur, oui et la façon d’écrire renforce le ton. J’ai eu parfois l’impression qu’il manquait des mots et ça m’a gêné puisqu’obligé de relire à deux fois.
      C’est le côté un peu sordide de l’histoire, le viol, puis l’avocat, et tout un pan de l’histoire dont je ne parle pas qui rendent cette histoire bien difficile. 😉 🙂

      J'aime

À vous de jouer, quelques lignes pour vous exprimer :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s