Une histoire bien nulle

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Je regardais les épaulettes du gendarme en face de moi, essayant de deviner son grade. En fait je ne connaissais rien à l’armée et c’était sans importance.

Au fond du précipice gisait une Autobianchi rouge. Le chauffeur avait sans doute raté son virage pourtant le gel n’était pas encore de la partie.

— Racontez-moi ce que vous avez vu ?

Le représentant de la maréchaussée m’interrogeait, crayon à la main, prêt à noter mes réponses.

— Je n’ai rien vu, enfin rien qui puisse vous aider. Je le suivais à 300 mètres de distance environ quand j’ai vu le véhicule quitter la route. J’ai appelé les secours illico presto. J’ai pas cessé d’appeler pour établir un contact, en vain ! J’avais peur que la voiture explose.

— Vous avez vu quelqu’un sortir du véhicule ?

— Non, Je n’ai pas bougé jusqu’à ce que les pompiers arrivent.

C’est tout ce que j’avais à lui dire. Mon ressenti, mon angoisse ne le regardait pas.

J’étais obnubilé par le montage du documentaire sur les otaries que j’avais tourné un mois plus tôt. Canalé la chaine italienne du reportage, me le réclamait assidument. J’avais passé une bonne partie de la nuit à trier et couper les kilomètres d’images que j’avais prises. Avec l’excédent je pourrai même monter un second reportage. J’enviais l’adresse de ces mammifères sur la glace moi qui à la patinoire ne restais pas debout plus de cinq minutes.

Du coup, j’étais fatigué, épuisé ce matin.

— Grâce à Dieu il semble que le chauffeur soit encore vivant, s’écria un des gendarmes surveillant la manœuvre des pompiers descendant en rappel.

— Vous croyez qu’il y est pour quelque chose ? murmurai-je.

— Qui ?

— Dieu !

— Je vous en prie, pas de blasphème.

Interloqué je lui demandai :

— C’est sanctionné par la loi ?

Je n’avais pas pour habitude de m’en laisser compter :

— Occupez-vous de l’ordre public et laissez aux culs bénis le soin de s’occuper de mes outrages.

J’avais pris un ton mordant et ma réaction frénétique le laissa sans voix, il n’était sans doute pas habitué à tomber sur des cactus tel que moi. Si j’étais là, c’est parce qu’il était de mon devoir de porter secours à autrui, je n’avais rien à me reprocher.

Je remontais dans ma voiture. J’avais fait ce que j’avais à faire pour cet automobiliste et les secours étaient sur place. Me livrer au voyeurisme ne m’intéressait pas.

Je mis en route ma Giulietta et le cd s’enclencha sur un de mes morceaux préférés : la Sarabande de Bach interprétée par Rostropovitch au violoncelle. Je trouvais cet instrument aussi rond et aussi sensuel qu’une femme. J’aimais en jouer, l’enserrer entre mes jambes, le coucher sur moi, pincer ses cordes, je le chérissais comme on chérit une femme.

Diane, mon amie, aimait s’abandonner dans la même position la tête lovée sur mon épaule tandis que je faisais des pizzicatos sur ses seins hérissés. Elle me soufflait légèrement  dans le cou imitant le déplacement de l’air d’une corde caressée par l’archet.

Il me fallait sans doute un peu de dérision après cet accident. Et Diane était ma plus belle porte de sortie.

Si les femmes et la musique pimentaient ma vie, les reportages me permettaient de  voyager dans le monde entier. Ma prochaine expédition m’emmènerait en Asie à la rencontre de la pie bavarde, bien connue en Europe. Si l’Asie me plaisait, les pica-picas m’intéressaient moins mais l’idée de visiter encore cette partie du globe, me séduisait.

Diane n’était ni jalouse, ni possessive mais ma prochaine destination l’ennuyait. Elle connaissait mon attirance pour les femmes de là-bas. Elle promettait de m’organiser un gage proportionnel aux manques de moi qu’elle aurait. Devais-le m’en inquiéter ?

Un tour sur internet m’indiqua qu’en dehors de chutes de neige abondantes, de secousses de faible intensité, de froid polaire et d’épidémies de bronchiolite rien ne pouvait différer mon objectif.

— Si tu veux mon avis, il est nul ton texte, me dit Miwane ma japonaise préférée. Tu es bien plus habile avec les macchabées et le mensonge que tu manies à la perfection. J’aime quand tu es complètement givré.

Je jetais mon brouillon pas très content de moi et m’emparais de mon dernier livre intitulé Graine de tueur et je lus  « Gilles ébahi regardait le couteau à fromage planté dans ses tripes. La douleur s’insinuait petit à petit. Le sang giclait par spasme sur ses jambes nues.

Elle le regardait mourir devant elle. Elle l’avait rêvé. Elle l’a fait. »

Les mots de la semaine chez Olivia étaient :

cactus – documentaire – blasphème – chérir – pie – pimenter – matin – ressenti – gel – graine –  bronchiolite – fromage – sarabande – mordant – gage – épaulette – dérision – givre – précipice – otarie – patinoire – nuit – excédent – frénétique

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24 réflexions au sujet de « Une histoire bien nulle »

  1. Clap Clap Clap
    Bravooooooo
    Jean-Charles, c’est à toi que je décerne « le Prix Soène » de cette semaine 🙂 🙂 🙂
    Je n’ai pas fait 😳 du tout en lisant, même pour le passage sur le violoncelle !
    Y’a bien un accident, mais il n’est pas mort, et tu n’y es pour rien, au contraire 😆

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  2. Et pourquoi pas avec un couteau à beurre ??? Zut ! suis sotte…beurre n’était pas dans la collecte !!
    Je me moque…mais ton texte est chouette… sauf que je n’aimerai pas être comparée à un violoncelle….

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