Désolations de David Vann

« Gary était un homme impatient : impatient devant la majeure partie de son existence, devant ce qu’il était, ce qu’il avait fait, ce qu’il était devenu, impatient avec sa femme et ses enfants, et puis, bien sûr, impatient devant toutes les petites choses, devant chaque action mal réalisée, chaque instant de météo récalcitrante. »

Trente ans qu’Irène et Gary partagent leur vie dans ce petit coin de l’Alaska, au bord d’un lac, au pied des montagnes. Ils ont quitté les USA alors que lui était doctorant et voulait prendre du recul pour préparer sa thèse, ils ne sont jamais revenus. Ils ont tout abandonné, famille, amis pour s’isoler ici. Puis Rhoda est née, ensuite Mark mettant fin à des rêves éveillés.

Gary a décidé de construire une cabane sur l’île et d’y passer l’hiver avec Irène, ou sans peut-être. C’est l’automne déjà et le temps presse, la pluie, la neige et la tempête font déjà valoir leurs droits. Rhoda, leur fille, à presque trente ans, rêve de mariage quant à Mark, le fils, il fuit sa famille sans doute autant que son père a fui la sienne.

Ce livre est un huis clos entre l’amour et la haine, entre le vécu et le ressenti. Chacun renvoyant à l’autre ses défauts comme si ces trois décennies passées ensemble n’avaient été qu’un long calvaire, qu’une succession de moments désagréables.

Sur un fond glacial de nature farouche au seuil de l’hiver qui renforce le climat de ce duel insoutenable, Irène et Gary s’étripent, s’affrontent. Est-ce le constat d’une vie passée toujours avec la même personne alors que les rêves ne sont même plus des illusions que les ressentiments et la rancune poussent au duel ?

Ce livre m’a laissé comme un manque. Chaque personnage ayant ses miasmes, ses tortures, je n’ai pas réussi à m’attacher à l’un ou l’autre. Chacun accusant l’autre de cette vie qu’il a été obligé de vivre, persuadé qu’il en est le fautif.

J’ai toujours cherché au fil de cette lecture, qui pouvait avoir tort, qui pouvait avoir raison, à qui je pouvais me raccrocher, qui était le bon ou le mauvais ? Sans jamais savoir, peut-être parce que les personnages sont trop fouillés, trop vrais.

On devine qu’il va se passer quelque chose d’irrémédiable mais quoi, où, quand ? Il faudra attendre près de 300 pages pour savoir, pour rester le livre ouvert sur ses genoux, ébahi, à se demander comment tout cela est possible.

« Irène comprit dans un instant de lucidité terrible qu’ils allaient vraiment vivre là. La cabane ne serait jamais montée comme il faut. Elle ne leur offrirait pas ce dont ils auraient besoin. Mais ils y vivraient tout de même. Elle pouvait voir tout cela avec une clarté absolue. Et bien qu’elle eût envie de dure à Gary de vivre là tout seul, elle savait qu’elle ne le pouvait pas car c’était le prétexte qu’il attendait. Il la quitterait pour toujours et elle ne supporterait pas d’être quittée à nouveau. »

L’auteur :

David Vann est né en 1966 en Alaska, il est américain. Son premier roman Sukkwan Island est traduit en français en 2010 et a remporté plusieurs prix.

Il avait auparavant  écrit un recueil de nouvelles Légend of Suicide inspirées par le suicide de son père.

Le quatrième de couverture :

Sur les rives d’un lac glaciaire au coeur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, toute à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

Lien vers le billet d’Asphodèle ici

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9 réflexions au sujet de « Désolations de David Vann »

  1. Tu as aimé au final ? Car s’il est vrai qu’on a du mal à le lâcher, pas facile de dire si l’on aime ou déteste tant David Vann sait nous rendre ses personnages antipathiques… A croire qu’il n’y a que les losers qui restent en Alaska !^^ Mais tu as trouvé le mot : les personnages sont fouillés…jusqu’à la moëlle, jusqu’à ce que ça fasse mal ! Ce livre et encore bien vivant dans mon esprit… et j’ai un peu peur d’être déçue avec Sukkwan Island que MTG m’a offert. 🙂

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    1. Je ne sais pas si j’ai aimé ce livre. Je l’ai lu en entier parce que je voulais savoir jusqu’où l’auteur irait. Mais si la fin est inéluctable elle n’en reste pas moins surprenante. Je suis assez d’accord avec toi rien que des loosers, étonnant !
      Quant à lire son autre livre, je doute d’en être capable pour le moment. Si David Vann a mis dix ans à l’écrire, Sukkwand Island, les personnages risquent d’être encore plus fouillés qu’ici et par trop invraisemblables ou au contraire trp vraisemblables.
      En tout cas c’est un livre marquant.

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  2. Quand j’aurai lu Sukkwan, s’il est bien, je te le ferais voyager ! Je pense au final que David Vann a encore beaucoup de choses à dires, il ne faudrait pas non plus qu’il s’enferme toujours dans le « même » livre comme l’a souligné MTG… A suivre, on verra, son troisième est prévu pour mai 2012 !

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