C’est dur d’être un héros !

Mes journées sont longues et éreintantes. Je suis fatigué, je dors debout. Je vais à la Fac la journée et je travaille la nuit. Peu de temps pour dormir.

Personne ne me laisserait de place assise, je ne suis qu’un black parmi les blancs, un esclave au pays des colons, néanmoins je suis épuisé, vidé. D’ailleurs je crois que si je devais m’asseoir je m’endormirais. Tenir jusqu’à chez moi est le seul objectif du moment. Puis dormir, dormir quatre heures, juste quatre petites heures et repartir.

Je suis en deuxième année de droit à Assas. Pour avoir un peu d’argent et vivre, la nuit je surveille des stands dans les halls d’exposition. Il ne se passe jamais rien, tant mieux.

Dans ce boulot je reste assis toute la nuit et je potasse mes cours. Pas le droit de faire autre chose que de la surveillance mais je n’ai pas le choix. Ça me fait gagner du temps de sommeil. Pendant ce temps mon collègue somnole et je le laisse faire. Mes deux jours de repos me servent à dormir, travailler, dormir, travailler, sans relâche.

J’étudie ici mais le but est de rentrer au pays, de devenir un spécialiste du droit international et qu’à mon tour je puisse aider ma famille. C’est comme ça chez moi, je vais perpétuer les traditions, pousser mes cadets dans cette même direction pour que parents et mes ancêtres soient fiers de moi.

Depuis que je suis en France, enfin depuis que je mène cette vie là, j’ai perdu sept kilos. C’est dur ! Je ne suis même pas sûr de réussir mes partiels. Je rêve de plage, de sable blanc, de farniente, de pêche dans le bateau de mon oncle, bien évidemment de mes parents et de mes frères et aussi de Lidwine avec qui j’ai rompu pour la laisser libre.

Mes parents m’aident financièrement autant qu’ils le peuvent et m’envoient 200 euros soit environ 130 000 CFA par mois, c’est énorme pour eux. D’autant plus qu’il y a encore trois fils derrière moi, mais la vie est si chère à Paris.

Je dois réussir, c’est impératif ! Montrer l’exemple, c’est ma ligne de conduite implicitement imposée par mes parents. Je l’ai acceptée et je m’y tiens.

Elle est jolie la petite blonde là-bas qui me fixe depuis un moment. Si elle croit que je ne la vois pas au travers de mes paupières fermées. Faut pas que je pense à ce genre de choses, suis fatigué et je n’ai pas le temps pour ça. Pourtant je plongerai bien dans ses petits yeux bleus. Mais il ne faudrait pas que je fasse comme la dernière fois avec la petite brunette de la Fac, je me suis endormi sur elle, en pleine action. J’ai rien vu venir, rien senti. Je comprends pourquoi elle m’évite depuis.

Non mon corps sois raisonnable, l’envie est une chose, l’assouvir en est une autre ! Mais je rêve elle me sourit. Elle ne me quitte plus des yeux lorsque je me dirige vers elle. Je sens qu’aujourd’hui études, bonnes résolutions, manque de sommeil, famille seront les moindres de mes préoccupations.

À la station Filles du calvaire je la tire par la main :

— Viens prendre un café, lui dis-je toutes résolutions envolées.

 Sur une idée de bricabook

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21 réflexions au sujet de « C’est dur d’être un héros ! »

    1. Je voulais justement en faire ce que je connais de ces blacks qui viennent ici parce qu’ils n’ont pas d’autre choix pour apprendre. S’exiler n’est pas toujours facile, j’imagine, tu auras toi sans doute une réponse à me donner. 😛

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      1. He he ! Tu verras qu’il y a une catégorie de ces jeunes qui n’est pas a plaindre… Et je parle d’une génération intégrée, même si je sais que ce n’est pas la majorité, même si le sentiment d’être pris entre deux cultures est la, parfois, il y en a qui s’en sortent aussi bien, voire mieux qu’un français pur lait de vache ! 😀

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  1. Tu as raison de nous aimer, il n’y a bien que le sourire d’une femme pour redonner un peu d’espoir à un homme triste. Espoir et envie… et vice-versa.

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    1. Oui il faut les oublier un peu les résolutions sinon la vie serait trop triste ! C’est vrai qu’il aurait pu travailler chez Mac Do ou à la pizza Hut mais j’en ai fait un surveillant de nuit mais sans chien. 😀 😀

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  2. Sais-tu qu’à Lyon, on ne vend plus de têtes de nègre, la chaîne de magasins qui vend café et thé « au Nègre » a été rebaptisée « la route des arômes », etc !
    N’est-ce pas un peu osé, Jean-Charles, de parler « d’esclave au pays des colons » ?…
    Quant à l’idée de leur permettre d’étudier pour retourner dans leurs Pays, c’est la bonne solution.
    Tu es toujours bien inspiré avec les photos de Leiloona. Ce rendez-vous est sympa.
    Bises de Lyon

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    1. Oui il y a longtemps que l’appellation tête de nègre à été supprimée, j’étais jeune à l’époque et ma mère en faisait souvent.
      Je ne sais si c’est osé en tout cas je le fais 😛 J’en connais qui ont des rêves de retour plein la tête et qui sont venus ici pour apprendre.
      Lorsque je ne suis pas inspiré je n’écris pas. ça m’est déjà arrivé.
      Bises d’ici.

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