Cas de conscience

Ma tête me faisait mal. J’étais trempé. Des gouttes me tombaient sur le visage. Mon corps ne répondait pas. Il me brulait. Je ne comprenais rien. Allongé sur une route pavée, la joue sur la pierre, que faisais-je ainsi ?

Mes bras étaient engourdis comme attachés dans le dos. Je n’avais pas bu ce soir. Enfin je ne m’en rappelais pas. Enclenchant la touche rewind de mon cerveau j’espérais un déclic. Rien.

Quelle heure était-il ? Il semblait faire nuit. Le champ de vision de mon œil était rétréci. J’avais une vue globale sur les pavés sous la pluie. Aucun bruit ne venait troubler le calme de la rue hormis le floc-floc de la pluie.

Mon épaule était endolorie. Depuis combien de temps étais-je ainsi sans bouger ? Couché sur le côté droit, face contre terre, je n’arrivais plus à bouger les doigts, engourdis.

Impensable, mon cerveau embrumé ne m’aidait pas. Le vide absolu. Je sentais mon futal collé sur mes cuisses comme si je m’étais pissé dessus. J’étais énervé. Des tensions me vrillaient le dos. J’avais envie de frapper mais mon corps était paralysé.

L’eau dégoulinait sur moi, larmes ou pluie je ne savais pas. Pleurer n’était pas d’un grand secours j’en avais perdu l’habitude. Cette pluie qui n’arrêtait pas de me marteler, me rendait fou.

 

Regarde-le lui dans quel état il est ! Fut un temps ou ça me faisait marrer de le suivre dans ses galères. Maintenant il m’ennuie. Je suis son double, sa conscience. Pas son ange gardien je n’ai pas ce pouvoir.

Mon seul privilège c’est de le contrarier lorsqu’il réfléchit. Son problème c’est qu’il choisit toujours la plus mauvaise option : l’esprit de contradiction. Ça ne m’amuse plus !

— Je sais que tu es là, murmure-il dans sa tête, explique-moi ce que je fais là ?

Devais-je répondre ?

La sirène des pompiers se rapprochait. Au bout de la rue ils baissaient les bittes d’accès à la rue piétonne. Les semelles d’un pompier au pas de course claquaient sur le sol et résonnaient sur les murs de cette petite rue.

J’entendais quelqu’un me parler sans pouvoir répondre. J’avais l’impression qu’on essayait de me prendre le pouls à la carotide. Des mains s’activaient sur moi, me palpaient. J’avais envie de crier ne me touchez-pas !

— Plaie dans le dos, il a perdu beaucoup de sang. On va le perdre. Bougez, bougez cria le pompier, merde…..

De toute ma vie, je n’avais jamais supporté que quelqu’un mette les mains sur moi, c’était une agression, un viol. Maintenant on ouvrait mes vêtements au cutter. J’étais dans le vague, bon dieu !

— Heure du décès 3 heures 51 dans la rue du cimetière, notèrent les flics sur le rapport. Conduisez-le à la morgue pour l’autopsie.

Il le regardait partir, s’en était fini. Mais lui qu’allait-il devenir ? S’il avait le choix aimerait-il être la conscience d’une femme ?  

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4 réflexions au sujet de « Cas de conscience »

  1. Ce corps est en paix, désormais… la conscience (l’âme ?…) n’en aura donc jamais fini, même après la mort ?…
    Et « être une femme » ! MDR ! c’est tout toi !
    Mais juste en conscience, c’est pas marrant, et en corps, t’es fou :)… et près à assumer la vie de femme-mère-travailleuse-femme de ménage-etc. ?
    Tous les gens qui ont vu la mort de près disent que c’est une sensation très étrange… ça ne m’étonne pas…
    Bises de ma tour

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  2. Non je n’envisage pas d’être une femme, c’est juste la conscience qui se dit que peut-être…. 😛
    Je n’ai pas mis d’enfant au monde et je n’ai pas eu les tracas des femmes mais je m’en porte bien. 😀

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  3. Très beau ce texte ! Comme si la conscience vivait sa propre vie alors que la notre est finie. Interrogation métaphysique dirait-on ! Et je te rassure au stade d’inconscience du personnage, avoir la conscience d’une femme ne changerait pas grand-chose… 🙂

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    1. C’est une idée qui m’est passée par la tête mais qui fait suite à mes lectures du moment.
      Quant à la conscience d’une femme c’était juste un clin d’oeil. J’imagine bien qu’il n’y aurait pas vraiment de changement.

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