Dalhia d’Hitonari Tsuji

Extrait :

Elle prit l’habitude de retrouver Dahlia chez lui après avoir accompagné son plus jeune fils à l’école. Nuit et jour, elle n’avait que lui en tête. Un autre soi apparut soudain impérieux en elle. Elle pressentait qu’elle tomberait dans un abîme dont elle ne se relèverait pas, mais cet autre soi y semblait être indifférent.

Dahlia était brutal, sauvage, ordurier dans ses propos. Elle se dénudait et s’humiliait devant lui, mais il ne touchait pas à ses formes opulentes. « Caresse-moi » le suppliait-elle, en surmontant sa honte. Mais il crachait sur elle et l’insultait. « Salope ! »

« Regarde même ton chien a pitié de toi ! »

Nue comme un ver, elle regardait son chien. Docilement assis à la porte, il attendait qu’elle retrouve sa dignité de maitresse. Dahlia détacha le chien et enroula la laisse autour du cou de la femme, la tirant à lui avec force en riant. Il lui ordonna de se mettre à quatre pattes. Pour la première fois, elle osa refuser, en disant que ça, elle ne pouvait pas le faire. Il leva les yeux noirs de jais vers elle et lâcha :

« Je ne t’entends pas ! »

Elle se sentit donc contrainte de se baisser au sol et d’imiter le chien. Il lui palpa son ventre mou, comme pour vérifier la qualité du bétail.

« Dis-donc elle a été bien nourrie : » fit-il.

Elle se mordit les lèvres pour supporter son humiliation, mais le sang afflua à son cerveau dont il obscurcit les pensées. Il fit descendre une main sur le dos de la femme. Elle l’endurait, les yeux clos. La main de Dahlia atteignit ses fesses et s’élargit pour les frapper. Surprise par la violence de la douleur, elle poussa un cri qui fit aboyer le chien. Dahlia éclata de rire et lança :

« Tiens ton chien s’inquiète ! »

Puis il recommença à gifler ses fesses. Elle résista pour ne pas effrayer le chien. Comprenant que quelque chose d’insaisissable l’accaparait intérieurement, elle versa une larme. Il y avait bien dix ans qu’elle n’était pas en proie à un désir aussi impérieux.

« Tu dois être le diable ! » protesta-t-elle, avec ce qui lui restait encore de raison.

                                                  Pages 34 à 36 de la collection Roman au Seuil

Couverture :

« Ma femme avait ramené un garçon. Elle avait prétendu que c’était le fils d’une camarade de fac. Je trouvais ça un peu bizarre, mais j’ai été frappé par le regard mélancolique du garçon : ses yeux avaient un éclat émeraude de la couleur d’un vieil étang. Je l’observais tout en lui servant à boire : malgré son comportement et son élocution, fort courtois, il laissait échapper, par instants, des paroles fielleuses qui surprenaient beaucoup. Ses attaques, qui ne concernaient pas seulement les politiciens et les riches, mais toutes sortes de personnes puissantes ou faibles, faisaient mouche. En l’écoutant en silence, je me demandais si, en dépit de son apparence très juvénile, il n’avait pas, au fond, tout juste dix ans de moins que ma femme. » Un intrus dans une famille bouleverse toute la vie quotidienne. Une troublante allégorie, à mi-chemin entre E. A. Poe et Pasolini.

Mon avis :

J’ai recopié intentionnellement un extrait fort du livre de 144 pages, publié en 2010 parce que ce bouquin m’a laissé interrogatif. On retrouve ici les thèmes chers à Tsuji à savoir la famille, l’amnésie, la sexualité ou plutôt les déviances sexuelles.

À savoir qu’Hitonari Tsuji est un chanteur de Hard-Rock, un cinéaste, et qu’en tant qu’écrivain c’est son dixième roman.

J’ai aussi lu « Le bouddha blanc » et « Tokyo Décibels »

Publicités

2 réflexions au sujet de « Dalhia d’Hitonari Tsuji »

  1. Et voilà mon comm s’est envole. Pas Le courage de tout reecrire juste que je ne suis pas d’accord, la perte de la dignité dans ces deviances me rebute d’instinct. Le sexe oui mais pas dans la soumission et le sado-maso a outrance ! Beurk ! Désolée mon choupinet ! 😆

    J'aime

    1. Ne le soit pas (désolée) Je n’ai pas d’attirance particulière pour ce genre de déviance et je ne m’en réjouis pas. Ce texte est dur, c’est ce que je voulais montrer ici.
      Tu fais sauter tous les « comms » que tu m’envoies il va falloir que je réfléchisse à la signification de cela 😛 😛

      J'aime

À vous de jouer, quelques lignes pour vous exprimer :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s