Epistolaire toi-même !

à : amante@web.fr

Il est minuit cette journée m’a épuisé. Je voulais vous en faire le récit tant elle fut exceptionnelle, même si j’en garde amèrement quelques séquelles physiques.

Vous souvenez-vous qu’aujourd’hui je devais dépenser un peu de l’argent que j’ai durement gagné ces derniers temps. Ma garde-robe nécessitait diverses améliorations et vous m’aviez conseillé d’investir dans des tissus et couleurs plus seyantes.

Pour une fois j’avais donc décidé de vous écouter et me rendis au Centre Commercial de la place d’Italie. Vous n’êtes pas sans ignorer mon appréhension face à la foule du premier samedi du mois. Cependant…

J’errais dans les rayons à la recherche du vêtement peu commun que vous aimeriez me retirer avec la délicatesse coquine dont je vous sais capable. J’aime deviner dans votre regard voilé l’irrésistible envie de plaisir qui vous anime. Non seulement vos yeux en sont l’évidence même mais vos lèvres charnues que votre langue caresse avec délice traduisent l’insolence de votre émoi dans ces moments spécifiques

Mais pour l’heur n’effeuillons pas la marguerite, je suis fourbu et à vrai dire éreinté. J’ai été violemment bousculé et renversé dans les rayons du magasin, par une personne que des vigiles poursuivaient et je n’ai rien vu venir. Toujours est-il que je me suis retrouvé les quatre fers en l’air sous des monceaux de lingerie féminine que j’ai embarqués dans ma chute. Je flânais dans ce rayon à la recherche d’un ensemble particulièrement fripon que j’aimerais vous ôter ou non, selon mon humeur. Je ne l’ai pas trouvé d’ailleurs.

Me voici donc par terre, recouvert d’affriolants dessous de vives couleurs et de matières délicates. N’émergeait que mon visage devenu cramoisi sous les fous rire nerveux des mégères dérangées dans leurs achats. Cependant l’idée me devint vite agréable, dès qu’elles eurent tourné le dos, d’imaginer des contenus affolants enveloppés de ces tissus délicats.

Une charmante femme, de type asiatique, s’enquit de mon état, à genoux près de moi, je devinais le crissement de ses bas de soie alors que ses yeux d’un noir profond plongeaient dans les miens. Étais-je sur un nuage ? Avais-je sombré dans un état comateux ?

La voix gutturale était pourtant bien réelle. Devant les traits effarés de l’inconnue, pour ne pas perdre la face je me devais d’ignorer les douleurs qui sourdaient dans mon dos. Elle s’exprimait dans un anglais parfait que je compris immédiatement. Me tendant la main pour me relever, le contact de sa peau provoqua comme un arc électrique dans mon corps.

Elle me plaisait. Je la désirais et j’ai senti qu’elle partageait cette envie. L’élancement dans mes reins n’était pas dû à la douleur. Cette violence du désir que je ne ressentais habituellement qu’avec vous me foudroya.

La chef de rayon, au nom de l’enseigne m’adressa des excuses que je n’entendis pas et me proposa de choisir une parure de sous-vêtements, en guise de dédommagement. J’offris à Kunie, prénom qui me fit sourire intérieurement, ce choix. Elle opta pour un bel ensemble en dentelles de grande marque qu’elle demanda d’essayer.

Je sais que vous brûlez d’envie de savoir la suite. Eh bien oui, je me suis retrouvé à l’hôtel avec cette samouraï de l’amour qui m’a d’abord massé le dos pour faire disparaître des douleurs naissantes, j’ai même dans l’idée qu’elle a stimulé des points cruciaux qui m’ont mis dans des dispositions extraordinaires. Il faut dire que Kunie est une amante exceptionnelle. Et, cerise sur la gâteau mon amie, elle est tout à fait disposée à vous rencontrer et plus si affinité, n’est-ce pas merveilleux ?

Mais il faudra pour cela que vous cherchiez pour votre mari un prétexte plausible qui vous laissera libre un week end complet. Pour le moment je vous embrasse, de la façon indécente, qui je m’en souviens vous plait.

 * Ces deux phrases sont extraites du roman épistolaire de Jacqueline Harpman, Le passage des éphémères. 

Il s’agit d’écrire un texte qui doit commencer par la première phrase pour se terminer par la seconde.

Sur une idée de L‘atelier d’écriture de Skriban

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12 réflexions au sujet de « Epistolaire toi-même ! »

  1. Non mais comment as-tu fait en allant chercher un pantalon pour te retrouver au rayon lingerie féminine hein ? Je te reconnais bien là petit fripon, ! 🙂 mais tu ne devrais pas être fatigué après un massage thaïlandais… (je connais bien Galaxy à la place d’Italie !!!) 😉

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    1. Passer d’un rayon à l’autre au Printemps est facile. 😛 Galaxy a été débaptisé et s’appelle Italie 2 maintenant. Même que le Grand Ecran va réouvrir en multiplex en 2012. Mais il faut dire que les deux phrases incitent à la friponnerie en tout cas en ce qui me concerne. 😀

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  2. et bien, quel vaudeville érotique ! Il en a des fantasmes ce petit hérisson !:-) Néanmoins, ne décelerais-je pas sous ce libertinage un peu de jalousie vengeresse? 😉 Allez, garde tes sous petite cigale !:-) bises et bonne semaine

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    1. Il n’en manque pas effectivement d’idées lumineuses 😛 La jalousie, à vrai dire je n’y avais pas pensé en écrivant, mais si c’est l’impression que tu as as 😀 je en peux rien dire. Bises également.

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  3. J’aurais dû te demander conseil pour faire parler « ma » Rosie !
    Tu es très loin de la crise en thème de Miss Aspho ! lol !
    Tu vois, c’est dangereux, pour un homme, de s’aventurer dans les rayons féminins ! MDR !
    J’attends avec impatience de te lire sur la photo de Kot !
    Bonne semaine et bises d’O

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    1. Suis un peu « out » avec les photos en ce moment… le creux de la vague. Dangereux les rayons, sans doute, mais j’aime m’y balader 😀 😀 ne serait-ce que pour faire ce type de rencontres. Sniff tout cela n’est que de la prose et du plaisir que je prends à l’écrire.
      O me rappelle bien des souvenirs ! ;D

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