Les plumes de l’année : Les mots en J

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Dans le juke-box Maxime chantait : « Mourir, mourir, Comme on s’endort, Faire la nique à la mort »  sans savoir qu’un adolescent juvénile avait confié sa vie au hasard.

Le jeudi d’avant il avait laissé sur la toile, sa bouteille à la mer confiée aux jusants des satellites : « Je ne crains rien, je n’espère rien. Je suis libre »  gravé sur la toile pour l’éternité comme autrefois sur le jade, comme un jalon comme un appel au secours.

Sans jérémiade, il avait appuyé sur la gâchette, face à la première venue, sans crier gare.

« Putain de merde ! » dit-elle sautant de sa chaise « c’est un gag, j’y crois pas » alors que l’écran prenait une couleur sang. « Fred, viens voir » hurla-t-elle tandis que lui accourait sans jaspiner. Elle tremblait comme un feuille, lui racontant sa connexion, l’ado devant sa webcam un canon dans la bouche, une déflagration puis l’écran couleur carmin.

« C’est un jeu » décida-t-il comme pour se convaincre, cependant il lança comme un juron : « Quel con ! »

Jamais ils n’avaient vu cela, il essayait de laisser un message : « T’es là » tandis que l’écran restait muet.

« Tu le connais ? » lui demanda-t-il une pointe de jalousie dans la voix alors qu’elle restait hébétée à côté de lui, tirant sur sa jupe jacquard dans un geste nerveux répété comme un nouveau toc.

Sur le moniteur le jokari du fond d’écran avait remplacé la couleur absurde. Fred répétait inlassablement « C’est pas possible » comme pour se convaincre, comme pour nier l’évidence. Tandis que Marie hachait la tête dans une litanie comme si la raison la fuyait.

Le juke-box continuait : « Si on devait mourir demain, Qu’est-ce qu’on ferait de plus, qu’est-ce qu’on ferait de moins, si on devait mourir demain » Obispo intrépide interrogeait le monde

« C’est pas le jour, putain ! » s’écria Marie. Son habituelle humeur joyeuse l’avait quittée. Elle s’était donné pour objectif de jouir au mieux de cette fin de semaine. Depuis quelques jours elle jubilait à l’idée de ses deux jours avec Fred, les Galeries l’avaient autorisée à prendre son samedi, pour une fois.

« Il n’y a pas de justice » pensa-t-elle sûre que tout cela était vrai. « Je téléphone aux keufs pour leur expliquer » annonça-t-elle à Fred.

Pour une fois elle s’était exprimée sans faire de janotisme.

Les infos du soir confirmèrent la triste nouvelle. Marie cherchait partout un antianxiolityque pour calmer ses nerfs, Fred s’était noyé dans l’alcool incapable de l’aider.

Voici les mots à caser : Jusant – jaspiner – juron – jubiler – jacquard – joyeuse – juke-box – jade – jalousie – jokari  – jour – justice – juvénile – jeudi – jouir – jalon – jamais – janotisme – jérémiade – jupe

14 réflexions au sujet de « Les plumes de l’année : Les mots en J »

  1. Hou, toujours dans le noir ! Remarque ce sont des faits divers dont on a parlé un peu et comme le reste, la fureur volatile médiatique chasse une info après l’autre…Mais un jokari de fond d’écran je ne connaissais pas !!! 🙂

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    1. A croire que j’ai plus de facilité à écrire des choses pas drôles? Le jokari en fond d’écran tu ne connais pas ? 😀 moi non plus mais c’était la manière la plus facile de poser ce mot dans ce contexte.

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    1. Noires, non je ne crois pas, je subis l’influence de ce que j’entends et j’en parle à ma façon. Je n’ai personnellement rien qui ne va pas, enfin pas plus qu’avant. Pas d’inquiétude Valentyne. 😛

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  2. Quelle intensité dramatique dans ce texte! Comme toujours j’ai été embarquée dans ton histoire qui a (hélas) des accents de réalité assez tragiques….Pas très gai tout ça, pour un dimanche matin, mais très bien écrit en revanche et n’est-ce pas l’essentiel dans les défis d’écriture?

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  3. Pourquoi les jeunes sont-ils aussi … je ne sais pas quel mot emploiyé : « fragiles » ou bien « déterminés »… N’ont-ils peur de rien, ou bien au contraire, de tout ?… Qu’ont-ils de plus à mettre leur vie en péril, par jeu ?… Que veulent-ils se prouver ?…
    Des questions sans réponse pour moi, mais ça fait un peu peur tout de même.
    Ton texte est, hélas, très noir, Jean-Charles, mais trop vrai…
    Bonne fin de dimanche et bises d’O

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    1. Je n’ai hélas pas les réponses à tes questions. Cependant je crois avoir entendu que cela à toujours existé mais qu’aujourd’hui on médiatise ce qu’on taisait avant. Mes textes sont tristes ou noirs, comme on veut, en fonction de ce qui passe dans ma vie, dans la vie en général. J’accepte les bises d’O 😀 avec un grand sourire tant ce grand O me rappelle une littérature qui sort de l’ordinaire. ;P

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  4. noir c’est noir… cette actualité de début de semaine reprise dans ce texte

    un petit sourire à la lecture de : « Tandis que Marie hachait la tête dans une litanie comme si la raison la fuyait. »

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