La vengeance du hérisson (3)

L’épisode 1 est ici et le 2eme est

Le hérisson était énervé. Il tournait en rond comme un fauve en cage. Un peu plus et il se faisait prendre la main dans le sac. Le cannabis il ne s’en passait plus. Il y était « accro » et ça n’était pas avec son petit salaire d’OPJ qu’il pouvait se le payer.

Forcer l’armoire où étaient entreposées toutes les saisies de la brigade avait été un jeu d’enfant. Il suffisait juste d’attendre le moment favorable.

C’est ainsi qu’il renouvelait son stock personnel dans celui du commissariat, sans état d’âme puisque de toute façon la marchandise serait brûlée tôt ou tard.

Mais là, il l’avait échappé belle, se croyant seul dans les locaux de la PJ. Il s’en était fallu d’un rien pour être découvert la main dans le sac. Dès qu’il avait entendu quelqu’un descendre l’escalier il avait fait fissa pour refermer la porte et se cacher derrière tables et tréteaux entreposés là, alors que le pas lourd de son supérieur résonnait dans la pièce. Se faire pincer lui aurait coûté ses prochaines années à l’ombre,  mais il faut croire que sa bonne étoile veillait sur lui aujourd’hui.

Cette enquête qui piétinait l’énervait. Le tueur de chiens, à vrai dire il s’en fichait, depuis sa mutation dans le trou du cul du monde, c’était le genre d’investigations auxquelles il se consacrait. Les trottoirs crapuleux de la capitale étaient bien loin.

De tout temps Il cogitait de la même manière, s’appliquant à résoudre ces charades comme s’il agissait de jeux d’enfant. Parler haut et fort, répondre à ses interrogations l’aidait et faisait avancer le schmilblick. .

Mais depuis trois mois qu’une espèce de vagabond assassinait des clébards dans la circonscription, il n’avait pas fait un pas en avant. Le mec surgissait, agissait puis disparaissait aussi vite qu’une comète. Pas de trace, pas d’indice, juste des chiens abattus et mis en scène dans un ballet macabre.

Il avait tout ratissé de façon systématique. Il avait découpé le département suivant une partition logique puis interrogé, fouillé, harcelé tous les individus suspects sans découvrir la moindre piste.

Quand il réfléchissait il se grattait une cicatrice sur la joue gauche, souvenir d’un déséquilibré qui lui avait planté sa plume sergent-major lors d’une perquisition musclée, il avait eu chaud ce jour-là, l’œil était visé. L’individu était calligraphe à ses heures perdues, receleur aux autres et surtout belliqueux. Il avait fini par faire un stage prolongé dans les geôles de la République.

« Je rentre »  se dit-il en attrapant son blouson de cuir tanné de la patère sise au beau milieu de la salle des inspecteurs. Descendant les marches quatre à quatre et saluant le planton devant l’entrée, il s’engouffra dans sa voiture stationnée sur le parking en bas de l’immeuble.

La clé sur le contact la radio se mit en route, Nostalgie diffusait Sarbacane de Cabrel, une chanson qu’il aimait bien. Il démarra calmement. Allumant un pétard avec son briquet Bic, la flamme se mua en chalumeau et faillit lui brûler la mèche « griseuse » vestige d’une jeunesse enfuie. La voiture fit une embardée et laissa son aile droite sur la bouche d’incendie plantée au bord du trottoir.

« Merde, éructa-t-il, c’est pas le moment ! » Les deux kilos de résine, qu’il venait de piquer pesaient dans ses poches. Il surveilla le rétro avant de sortir récupérer son aile arrachée qu’il rangea dans le coffre et repartit

« Bordel ! Les nuits d’équinoxe ne me réussissent pas » constata-t-il.

Il se dirigeait vers la maison de l’autre haridelle rencontrée la semaine passée, la maitresse des derniers chiens massacrés, celle chez qui le fusil trônait à la porte d’entrée.

Sur la route il fixait les étoiles, essayant de donner une estimation de l’heure mais c’était un exercice difficile pour un citadin habitué aux lumières de la ville.

Dix huit mois qu’il était là. Dix huit mois sans toucher une femme. Dix huit mois de galère. Avant il lui était facile de faire chanter n’importe quelle tapineuse et d’évacuer sa tension nerveuse sans bourse délier, sans avoir à s’encombrer d’une histoire d’amour qui finirait mal. Mais là dans ce trou !

Pourtant cette femme de l’Est avec qui il avait peu communiqué mais avec qui il avait senti des atomes crochus pourrait peut-être lui être utile. Pourtant interdit de mener une enquête et d’y mêler ses intérêts privés, mais le règlement il se disait toujours qu’il l’avait mal lu.

Des mots, une histoire chez Olivia avec les mots de la semaine :

Comète – sergent-major – équinoxe – flamme – vagabond – charade – estimation – communiquer – sarbacane – partition – jeu – étoile ;

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22 réflexions au sujet de « La vengeance du hérisson (3) »

  1. Quel phénomène, ce hérisson! J’aime bien l’utilisation que tu as faite des mots… Quant à ce psychopathe tueur de chiens, je me demande quel genre de folie l’anime… La suite la semaine prochaine? 😉

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  2. franchement, t’as plus qu’à en faire un livre, un bon polar à la française, avec une Touch à la JC ! Je te vois bien l’interpréter tiens !:-) Je n’ai pas eu l’énergie de m’y adonner, le rythme du boulot à reprendre, espérons pouvoir être de la fête le we prochain ! 🙂 bises

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