La dernière étincelle

La maison est vide, délabrée, seule au milieu de bois. Les volets claquent sur les fenêtres sans carreaux. L’air s’engouffre, siffle. L’endroit est sinistre, inquiétant. La porte est arrachée et frappe violement sur le chambranle. Il sera mieux là que sous cette pluie battante. Il entre trempé, s’égoutte en sautillant.

Il entend des bruits comme si quelqu’un s’enfuyait. Mais il se rassure c’est la pluie et le vent qui font cela. Il fait de plus en plus noir dans cette maison Des bruits l’inquiètent. Il cherche son briquet, s’énerve sur la molette puis la flamme l’éblouit. Il voit comme une forme qui s’enfuit. Le briquet s’éteint, il tremble. « Mais non, dit-il tout haut, c’est une illusion d’optique. » Il tourne sur lui-même pour repérer les lieux et sent comme une caresse sur la joue. Il pousse un hurlement, de surprise pense-t-il.

« Y a quelqu’un ? » s’époumone-t-il comme pour se rassurer. Sa voix résonne dans la maison. Les feuilles craquent sous ses pieds tandis qu’il pénètre dans la grande pièce. Bien sûr il fait noir. Le vent, la pluie et l’orage retentissent. En général, il n’aime pas les éclairs, mais là il applaudirait presque pour remercier le ciel du peu de lumière qu’il laisse filtrer.

Pourtant en y réfléchissant, c’est pas bien malin d’être là, seul au milieu des bois. Il ne se souvient pas d’avoir entendu qu’il ferait cette tempête. Il pose son sac à dos près de la cheminée qu’il a aperçue. Il sent une main sur son épaule.

« Qui est là ? » hurle-t-il se retournant brusquement. Rien. Personne ne sait qu’il est là dans cette forêt du Bois Renard, d’ailleurs personne ne le sait jamais. Il marche toujours seul. Il achète ses cartes topographiques de l’IGN, prépare son itinéraire, calcule les distances qu’il va parcourir et saute dans sa voiture pour se rendre vers sa destination.

« C’est quoi ce bordel ! » Ne serait-ce pas ses dernières lectures qui l’influenceraient ? Habituellement il n’est pas poltron. Mais là, il est sur le qui-vive. Ces sensations ont été bizarres.

L’escalier qui monte à l’étage est impraticable, les marches sont éventrées ou absentes. S’il y a quelqu’un, il ne vient donc pas de là-haut. Au fond de la pièce, derrière une porte entrouverte, il devine un autre escalier. La porte est vermoulue, il l’ouvre d’une main, elle grince. Il pousse un cri strident.

« Putain ! » éructe-t-il en s’énervant sur le briquet qui ne s’allume pas puis enfin la flamme éclaire un peu. Affolé, il recule et laisse tomber le Bic. Il vient de voir deux araignées gigantesques sur le montant de la porte.

« Merde, merde. » Il se gratte la tête, interrogatif. Il commence à avoir la trouille, lui qui toujours garde son calme. « J’ai jamais vu ça, elles ont bouffé des hormones, c’est pas possible. » Elles sont énormes, ne bougent pas. Comme lui elles guettent, le guette. Huit pattes géantes réparties de chaque coté du corps, qu’il sent tendues, et sur le dos comme une carapace, une armure, prêtes à l’attaque.

« Je rêve.» La peur le saisit, mais il ne bouge pas, transi par l’épouvante. Elles non plus. Il a l’impression de sentir leurs yeux sur lui. Lui n’est pas habitué à vivre dans le noir mais son sixième sens est en alerte. Il tremble un peu, sans doute arachnophobe.

Il a sursauté. Elles viennent de reprendre leur marche, il a cru qu’elles l’attaquaient. Il a eu l’impression qu’elles lui couraient sur le cuir chevelu. Il s’est même débattu, brassant l’air. Effrayé.

Soudain il reste en arrêt, tellement surpris, le souffle court. En suivant leur déplacement, elles se sont regroupées. Il y en a beaucoup, une colonie. Son sang se glace. Ses cheveux se hérissent. Une goutte de sueur se fige sur sa colonne vertébrale. Il est atterré. Un cri s’étrangle dans sa gorge sans s’échapper. Ses pieds semblent coulés dans une dalle de ciment. Elles grouillent, montent sur ses chaussures. Il regarde effaré. Son ventre gargouille, il pète violemment sans même contrôler ses sphincters. Ça pue, la peur dérange.

Il a bien vu l’éclair magistral mais la déflagration immédiate du tonnerre le surprend. Les araignées ont subitement disparu lorsqu’il a tourné la tête. Il n’en reste rien, comme s’il les avait rêvées. Il se baisse à la recherche de sa source de lumière. Le sol est jonché de feuilles. S’il veut le retrouver, il doit fouiller, chercher dessous. Oui mais les araignées !

« Vas-y, s’encourage-t-il pour se donner des ailes. » « Oui mais… » répond la petite voix toujours prudente. « T’as pas le choix, renchérit la raison, soit tu mets les mains dedans, soit tu dis adieu à la lumière. » « Fais-le et t’en auras une dizaine sur le bras » ricane la petite voix. Il s’imagine la scène et tremble de peur.

Derrière-lui les feuilles crissent comme si quelqu’un entrait ; Il plonge la main dedans, attrape une araignée, pousse un cri rauque en reculant et se retrouve  par terre.

Un rat le dévisage, lui aussi énorme. Le museau fureteur s’approche de sa tête. Ahuri ! il ne bouge plus. Incapable de poser une question, incapable d’y répondre, ses yeux sont hagards, fixes, comme si…D’ailleurs il se demande s’il n’est pas mort. Il a beau crier aucun son ne sort de sa bouche. Ils sont plusieurs, il les sent tirer sur ses bras, comme s’ils le mordaient pourtant il n’a pas mal. Mais il est dans une telle transe qu’il ne peut rien faire.

« Monsieur, monsieur réveillez-vous » râle l’aide-soignant en le secouant promptement. « Faut pas dormir comme ça sinon cette nuit vous allez encore embêter le monde. Allez hop debout ! » Le vieillard s’asphyxie, son cœur s’emballe puis la machine s’arrête brutalement. Un homme maladroit vient d’en tuer un autre par bêtise.

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16 réflexions au sujet de « La dernière étincelle »

  1. quel texte… froid dans le dos… et la chute…
    quelle mort !!!

    j’ai cru que c’était un cauchemars ou un réveil d’opération mis en ligne
    et c’est pire…

    juste un petit truc…
    « il recule et laisse tomber le bic »… pour moi, un bic c’est un stylo d’abord… donc un temps d’arrêt
    mais bon, ce que j’en dis… vous avez raison… de quoi je me mêle… que j’aille relire mes textes d’abord
    rires……………… glacés !!!

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    1. J’avais l’impression que ce texte était un peu léger, pas assez percutant, me tromperai-je !
      Le réveil d’opération j’ai usé il n’y a pas très longtemps alors il faut se creuser les méninges et ne pas faire dans la dentelle, parfois.

      Non, non la critique est constructive au contraire mais en l’occurrence j’ai peur de la redondance. Je vais y réfléchir Merci 😀

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  2. Du noir, de la peur ? Bonne idée !
    Si je peux me permettre, lorsqu’il « commence à,avoir la trouille », il a déjà été terrifié (quelques lignes plus haut).
    J’aurais aussi accentué le côté inconnu, interrogation…. mais ce n’est que mon humble avis. 🙂

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    1. Merci Olivia. Je tiens compte des conseils qui me sont donnés surtout lorsqu’ils viennent de quelqu’un comme toi qui manie le suspens avec brio. J’ai donc remplacé « terrifié » par « affolé » cette observation était justifiée.
      Je crois comprendre ce que tu veux dire par le côté interrogatif et il me semble avoir utilisé cette façon de faire dans un autre texte. Par contre pour le côté inconnu, je ne saisis pas trop.
      Ton humble avis est précieux en tout cas, merci. 8)

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