Le coq est mort, vive le coq !

les mots en G chez Asphodèle (cliquez sur la photo.)

Les poules faisaient une cacophonie qui ameuta la fermière ahurie. Les caquetages inhabituels et le ton agressif la laissèrent interloquée. Visiblement il se passait quelque chose de peu ordinaire derrière les grilles du poulailler.

Le coq un peu en retrait se faisait tout petit et n’en menait pas large. Même les chapons, pourtant bien plus gros, s’effaçaient devant les furies qui ne cessaient de glousser. Aux « cot cot codet » virulents aucun « cocorico » ne faisait écho. Le coq si fier d’ordinaire fixait le sol prudemment pressentant une révolution chez les femelles gallinacées. C’était dans ce genre de moments qu’il regrettait de n’être pas un coq de combat sinon il aurait stoppé ces galimatias à coups de bec et d’ergots s’il le fallait. Il ne ferait pas de gambit à la reine aujourd’hui même en sacrifiant l’un de ses gourmands de coqs émasculés qui ne pensaient qu’a se remplir l’estomac. La partie était perdue d’avance, les mégères étaient en nombre et persiflaient comme des harpies.

Fernand aussi était sorti du garage en s’essuyant les mains pleines de cambouis sur un torchon tout aussi sale. C’était un grand gabarit au faciès de pirate, échoué dans cette campagne par hasard. Il tentait vainement de réparer un vieux tracteur dont le moteur éructait chaque fois que les gaz étaient poussés. L’instant était grave non seulement l’engin trépignait mais régurgitait des giclées d’huile sur ses chaussures. D’ailleurs quand la Germaine verra ses godillots tout neufs tâchés et crottés, ça bardera. S’il escomptait lui faire faire des galipettes une fois la nuit tombée, c’était raté !

Même la vieille jument s’était arrêtée de gambader et son poulain loin devant avait interrompu son galop pour revenir vers elle en agitant sa queue en panache, tout en écoutant le tintamarre du poulailler. Le grillon avait cessé de frotter ses élytres, surpris du charivari des poulettes. Seul le gland tombant de l’arbre dans un ploc sourd, hébéta les poules énervées.

Fernand avait une carie qu’il avait comblée avec un clou de girofle et le manque de sommeil lui donnait un air grotesque. Son visage de la couleur d’un giraumon était couvert de vaisseaux éclatés dus à une consommation de jus de raisins fermentés, abondante. Il rincerait ses croquenots sous la gargouille tout à l’heure, il y avait peu de chance que les gouttes de pluies se transforment en givre aujourd’hui le froid s’était calmé. Le tracteur l’appelait, les râles de la mécanique endommagée l’ennuyaient, il fallait trouver des solutions.

Bravant l’orage Germaine entrant dans l’enclos apercevant un chaton tout ébouriffé que la patte acérée du coq immobilisait. Les poules s’étaient calmées et maître coq lançait des cocoricos tonitruants, la crête redressée. Repoussant la volaille, la fermière s’empara du chaton  qu’elle sortit de l’enclos.

La calme étaient enfin revenu.

Les mots : GIRAUMON – GAMBADER – GARAGE – GIVRE – GARGOUILLE – GAMBIT – GALOP – GABARIT – GLORIOLE – GALIPETTE (S) –GALLINACÉ – GRILLE – GLAND – GROTESQUE – GEMIR – GOURMAND – GODILLOT – GRAVE – GRILLON – GALIMATIAS – GIROFLE

35 réflexions au sujet de « Le coq est mort, vive le coq ! »

  1. Hello Jean-Charles,
    D’un coup, je me suis retrouvée « en situation » dans la cour de la ferme où je passais mes vacances, dans le Beaujolais !
    Une belle histoire de bêtes, comme je les aime !
    Et encore un duo de prénoms fracassés !
    « Germaine » & « Fernand » campent bien la scène !
    C’est drôle, avec le « g », les couples sont formés : « Hortense » & « Marcel », « Claire » & « Valentin », « Madelon » & « Gnafron » !
    Je vais ailleurs en découvrir d’autres
    Bises de Lyon

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    1. J’aime bien le petit air désuet de ces prénoms… d’ailleurs qui a un poulailler maintenant. 😛
      Je crois que les mots se prêtaient pour un petit tour en campagne. J’habite en ville avec des immeubles devant, derrière je ne vois le ciel que si je lève la tête, alors un peu de rêves ou de souvenirs, ça fait du bien. 😀

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  2. Ah ah ! Tu as écouté Souchon en écrivant ton texte et « ses poulaillers d’acajou » ? Excellent ce couple et leurs soucis quotidien d’une journée ordinaire dans une ferme ! Et pourquoi certains prénoms prédisposent-ils à certains statuts ? 😉 Bravo en tout cas, j’aime beaucoup ! 🙂 (on peut transposer les poules et le coq à d’autres poulaillers …)

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    1. Ces prénoms se sont imposés sans que j’y réfléchisse, et cette histoire hors du temps valait bien un petit détour dans les replis de mon enfance 😀
      Oui ces poulettes peuvent laisser libre cours à l’imagination… ^_^

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  3. C’est du vécu çà ! le clou de girofle !:-)) J’avais oublié cette recette de grand mère !:-)) mais bon, cette cacophonie, çà, c’est de la vie, même pas vu les G s’imposer.. :-))

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  4. On connaissait l’aiguille dans la botte de foin, le cheveu sur la soupe et l’éléphant dans un magasin de porcelaine,il faudra maintenant compter avec le chaton dans le poulailler!

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  5. Tous les thèmes n’ont qu’à bien se tenir, lorsque ta plume, déterminée et talentueuse, décide d’en faire qu’une seule bouchée! 🙂 Que ce soit la campagne, un poulailler et sa volaille, une prison, un détenu inexpérimenté et de rustres co-détenus, un puceau ou un tombeur de femmes, une femme provoquante ou une plutôt soumise, rien n’y fait, même pas un défi, puisque ta plume sait y faire. 🙂 Bravo Jean-Charles et Merci de nous divertir comme tu le fais si bien. 🙂

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    1. 😳 Merci Jennie ! Je ne sais que répondre à cela, si ma plume est capable de divertir et dans un éventail aussi large, j’en suis ravi. Tu sais le plaisir que j’ai d’écrire et je sais que c’est un plaisir que tu partages également et dont tu tires à merveille. 😀 😛

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  6. Je viens de découvrir ton texte, et… j’y ai retrouvé certaines choses de mon enfance aussi (même si j’ai toujours vécu en ville, mes grands-parents vivaient près d’une ferme…). Que de bons souvenirs ! Merci pour ce « voyage » si bien décrit !

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  7. Situation vécue, qui me fait sourire, dans mon hameau, cette année nous avons vécu un épisode de problèmes de voisinage avec un coq trop entreprenant…. Histoire de vie campagnarde.

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