L’infatué.

Quatrième défi des plumes de l’été organisé par notre amie Lisa qui n’a pourtant pas la tête à ça mais que je remercie vivement et à qui j’ adresse d’amicales pensées.

« J’étais un chasseur, les femmes mes proies. La nature avait fait de moi un mâle incapable d’aimer, un mâle animé par le désir physique, sans autre préoccupation.

Bien entendu je ne m’étais jamais marié, ne posséder qu’un seul échantillon de ce que le bon Dieu, s’il en était un, avait créé, m’était inconcevable. Jurer fidélité à une femme était au dessus de mes moyens et si parfois j’avais été fait prisonnier par les fils d’une toile d’araignée, je m’étais toujours échappé grâce à mon envie de vivre, grâce à cette soif de liberté qui m’animait.

Regarder ou entendre quelqu’un pleurer me gênait, j’étais pudique et ce laisser-aller m’était insupportable. Les crises de désespoir me laissaient sans voix et ne provoquaient aucune émotion sauf celle de m’enfuir à toutes jambes.

J’avais, bien entendu, eté traité de démon, de suppôt du diable et de bien d’autres noms d’oiseaux, mais ceux-ci ne m’atteignaient pas. Je savais combien le désamour, the disenchantment disait Shakespeare, pouvait conduire l’être humain à devenir vil, insultant et bas.

Je ne m’efforçais à aucun discours diplomatique lorsque je m’étais fixé une cible, seul mon insatiable appétit guidait ma façon d’évoluer et mon corps parlait pour moi.

Je m’étais astreint, dès mon plus jeune âge à la danse de salon, notamment le tango que je maitrisais parfaitement.

Si lorsque j’avais quinze ans, fréquenter la Compagnie Carlos Gardel, faisait de moi un homosexuel et provoquait quelques railleries chez mes camarades, les quolibets qu’ils m’adressaient, me passaient au dessus de la tête et lorsque je les entendais dire : «  Laisse tomber, c’est de la daube » je pensais évidemment au fumet de la cuisine de ma grand-mère et souriais béatement.

À vingt-cinq ans lorsque j’évoluais au bras d’une cavalière, je percevais leurs regards envieux me suivre sur la piste. J’étais talentueux, je faisais de ma cavalière un diamant qui brillait sous les sunlights et chacun sur les bords de la piste s’employait à dire : « Il est divin. »

Ensuite après ces quelques pas sur la dalle du parvis de l’église, je l’emmenais chez moi, pour mieux la dévorer des yeux, cette compagne d’un soir. J’usais comme les druides de potion magique parce que moi aussi j’avais besoin de tonus et je tenais à ce qu’elle garde un souvenir impérissable. J’aimais qu’après avoir tournoyé dans mes bras, elle jouisse de ma chair. J’aimais sentir sa déliquescence, son abandon, son corps complètement assouvi contre le mien. J’aimais quand le déclin du corps nous menait ensemble vers la petite mort. »

Extrait de la diatribe de : Le danseur vaniteux chap.III de J-Charles G.

Les mots étaient : DALLE – DIVIN – DÉCLIN – DIAMANT – DÉSIR – DÉLIQUESCENCE – DANSE – DÉMON  DÉSAMOUR – DÉSESPOIR –DAUBE – DEVORER – DIPLOMATIQUE – DRUIDE et DIATRIBE.

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31 réflexions au sujet de « L’infatué. »

  1. une vision masculine de l’amour ça fait du bien 😉 ! ah ces hommes chasseurs de femmes ! un Don Juan sommeille-t-il en vous ! il y a quelque chose du « journal du séducteur » de Kierkegaard (oui rien que ça !)

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    1. oui je suis, je crois, le seul représentant de la « mâlitude » ici 😀 Il vaut mieux que je garde le mystère sur ce que je suis et vous laisser vous faire votre idée au travers de mes écrits. J’ai cherché qui était ce monsieur que je ne connaissais pas et que, bien entendu, je vais ajouter à la liste de mes lectures. 8)

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  2. Excellent texte (et bon détournement de « diatribe », il nous a donné du mal à nous !), et un point de vue masculin peut être mais avec une « femina » quand même…!!! J’attends avec impatience de lire votre premier texte d’amoureux…!

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  3. j’aime beaucoup ce texte, comme d’habitude. tu sais, je viens juste de m’apercevoir que tu utilises une vue de Hong Kong comme fond d’écran. au moment où je t’écris, je me trouve à 1 heure en bus de cet endroit !

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  4. Chasseur mais pour finir pas vraiment dangereux, ce danseur vaniteux. Et lui au moins annonce d’emblée la couleur! Contrairement à d’autres, qui avancent masqués… J’aime bien aussi ta photo de coucher de soleil…

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  5. Jean-Charles, tu m’avais promis de ne pas parler de ton passé sulfureux. C’est bien toi que j’ai rencontré au bar du  » Tropical Sunlight », toi qui m’as fait danser ce tango enfiévré , en me jurant que tu n’aimais que moi?
    J’ai encore sur la peau la morsure de tes baisers brûlants.

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    1. Oui Célestine c’était bien moi et les serments prononcés était sincères à la minute où je les ai faits, mais tu sais combien il est difficile de renoncer à ses travers. Les morsures sont comme les larmes, elles disparaissent avec le temps…mille pardons.

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  6. Merci pour ce texte, très évocateur et qui paraît si « évident »… les mots s’y insèrent parfaitement, j’ai particulièrement apprécié « daube » et « diatribe », pour des raisons toutes différentes… Ce séducteur a l’air plus séduit que dangereux… et j’aime bien !

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  7. j’arrive un peu tard , et je découvre un texte particulièrement fluide et très agréable à lire
    décidément , cette série de « D  » inspire la danse , et l’amour ……

    je reviendrai pour les prochaines plus de l’été

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