Quand le Marat bout (juste un fake)

J’avais depuis un certain temps l’idée d’écrire un bouquin, ce qui semblait bien difficile pour moi qui étais un fainéant notoire. L’idée de me lever au petit matin et de me retrouver face à une page vierge m’était insupportable et me mettait chaque fois d’une mauvaise humeur, qui ne cessait qu’après de vives galopades en compagnie de mon brave Tokay, un frison à la robe noire.

Bien sûr que si je cessais de faire la bambochade chaque soir, je sortirais du lit beaucoup plus en forme et j’affronterais l’envie qui me tiraillait : celle d’écrire avec sérénité. Les idées venaient toujours lorsque je n’avais aucune chance de les noter même si parchemins et plumes traînaient dans tous les recoins du château ; mais c’était toujours dans mes rêves que j’inventais mes plus beaux livres.

« À  jouer le bravache dès que tu franchis le seuil de tolérance alcoolique, me disait le fidèle Lulu, parfois tu es borderline et le discours que tu tiens fait fuir toutes les jeunes femmes à dix lieues à la ronde.

Balivernes que tout cela ! » fis-je en balayant  l’air de mon épée. Ne réveillons pas nos vieilles querelles byzantines et n’émets pas l’hypothèse que je me conduise comme un barbare.

– Un barbare, non sans doute mais un bébé à qui tout est dû, oui sûrement ! »

Lulu était mon ami d’enfance, mon cousin, mon frère et sans aucun doute la seule personne qui pouvait me lancer mes quatre vérités à la face sans que je le pourfendisse ou qu’il risquât de servir d’appât au banc de piranhas que j’avais rapporté du Brésil et déposé dans la rivière derrière le bastion familial.

J’allais souvent m’asseoir au bord de l’eau pour jeter des quartiers de viande à ces prédateurs, puis agiter l’eau avec ma canne en bambou pour les énerver afin que leur instinct vorace se réveille. J’aimais quand la rivière était rouge sang. J’aimais le combat violent qu’ils se livraient pour un muscle,  pour un tendon à dévorer. J’étais fasciné.

Je ne doutais pas d’être un personnage pour le moins excentrique. Avec moi la lignée des Dulac de Brétencheville s’éteignait définitivement, j’étais le dernier de cette vieille noblesse française.

Né à Pondichéry, fils de Jean Etienne Dulac de Brétencheville qui m’avait donné son nom, administrateur de la Compagnie des Indes, notable d’un village, j’étais le fruit de ses escapades nocturnes avec une beauté Indienne, un petit noiraud au sang noble avec les traits grossiers de son géniteur, voilà mes origines.

La traversée des mers depuis le Comptoir des Indes jusqu’à Lorient, faite à bord de la frégate le Fidèle, un navire de 400 tonneaux qui avait quitté son port d’attache pour y revenir deux ans plus tard en 1762, fut une épopée inoubliable. Accroché au bastingage lorsque la conjugaison de la mer et du vent faisait gîter dangereusement le bateau ou niché confortablement dans la soie ou le madras à respirer les épices de mon enfance lorsque la mer d’huile et l’absence de vent rendait le voyage encore plus long, encore plus épuisant, j’attendais fiévreusement de découvrir ces paysages que mon père me contait. La terre de France, ma terre d’adoption, qui ne fut qu’une illusion pendant des mois quant enfin père et moi en vîmes les côtes, le bout du tunnel se montrait alors.

Mâtiné je n’aurai jamais dû quitter mon pays natal. Mon père s’était battu pour me reconnaître mais atteint d’une phtisie il s’éteignit trois ans plus tard me laissant seul dans un monde qui n’était pas le mien, dans un monde hostile à ma couleur de peau.

Je fus l’attraction que toutes les femmes voulaient voir de près sans toutefois l’approcher. Je fus cet écrivain raté qui n’écrivit jamais une ligne. Je fus ce moricaud assassiné dans son bain un soir du 14 juillet 1789, mort pour avoir été noble, mort pour n’avoir pas été blanc.

Les plumes de l’été  n°2 – des Livres du jardin d’Asphodèle

http://leslecturesdasphodele.wordpress.com/category/ecriture/

avec les mots suivants :

bouquin – bien – bout – beauté – bastingage – bambochade – bravache – barbare – banc – bambou – balivernes – byzantin – borderline – bébé – blanc(s) ou blanches (s) – bain.

24 réflexions au sujet de « Quand le Marat bout (juste un fake) »

    1. Oui j’ai publié avec un jour d’avance parce que je ne savais pas comment programmé mais Lisa m’a expliqué. Je ne le ferai plus! ::3
      J’ai cherché comment « habilement » mes mots allaient s’emboîter dans une histoire acadabrantesque. ^_^

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    1. @Asphodèle : merciii :3 dès lundi 18h03 je prenais connaissance des mots et écrivais déjà un texte qui a pris forme de jour en jour. J’ai essayé d’exploiter au mieux le temps qui m’étais offert. Les commentaires sont une réponse chaleureuse à mon travail…. Merciii 8) ^_^

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  1. Un sacré voyage que tu nous offres ! J’aime beaucoup le style et l’esprit un peu impétueux de ce personnage ! Une jolie chute en effet, et très bien mise en scène 😉

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