La page blanche (suite 2)

Le chauve se faisait pressant, graveleux et lorsque Vincent se cala devant l’urinoir les propos obscènes fusèrent. Énervé, en manque, Vincent tremblait mais la rage attisait sa fureur.

La nuit allait être longue. Il s’enroula dans la couverture, puis s’allongea, tournant le dos, sur le banc de bois.

Il pensait à cette descente infernale, les bas-fonds qu’il côtoyait au quotidien parce qu’il ne pouvait plus se passer de cette drogue. Il réfléchissait à la raison pour laquelle ce soir il était encore enfermé dans cette prison à subir les sarcasmes de cet individu au regard visqueux, à la musculature huileuse et à la langue venimeuse.

La première petite pilule avait ouvert la voie à d’autres et ainsi de suite, sans aucune fin. Le paradis ne valait que dix euros et s’en procurer était facile. Il suffisait de repérer le dealer, de le suivre dans les toilettes de la discothèque, de lui glisser l’argent discrètement et d’indiquer avec les doigts la quantité désirée, parce que même là, la sono battait son plein.

Ensuite l’avaler avec une boisson énergisante et rejoindre la piste alors que le produit chimique se dissolvait lentement dans le corps. Enfin cette impression irréelle de voler sur la musique le saisissait. Ses mouvements désordonnés ne devenaient que battement d’ailes et les notes acidulées servaient de piste de bobsleigh duveteuse sur laquelle le corps glissait sensuellement.

Tout était démesure, légèreté, bien-être. Se mouvoir sans complexe, draguer sans crainte, sourire sans réserve, le petit comprimé donnait au corps et à l’esprit la puissance d’une Ferrari lancée sur le circuit de Silverstone. Bouger sans hantise, aimer sans limite, la zénitude était atteinte sans effort.

Mais une et deux puis trois, la porte était ouverte à la facilité, à l’accoutumance, à la déchéance.

Mais un jour après s’être s’endormi dans le premier métro, rompu de fatigue malgré tout Vincent s’était fait cabosser par une bande de loubards qui l’avait dépouillé de ses papiers, de son téléphone, de son jean et de son blouson.

Se retrouver pour la première en slip dans un commissariat, menotté à la chaise, le corps abîmé par les coups, l’œil bleu et la lèvre éclatée à subir l’interrogatoire incessant d’un petit inspecteur de quartier, mal réveillé, à l’haleine fétide chargée d’odeur de café et de tabac froid, l’avait énervé plus que de raison.

L’inquisition allait recommencer, après l’agression subie sur la voie publique s’ensuivait celle des forces dites de l’ordre.

J’étais mal à l’aise d’écrire ce que je n’avais jamais vécu. Cette histoire prenait une tournure imprévue et le fait de dénoncer des pratiques anormales ne me rassurait pas. Cependant mon « héros » prenait corps et il me semblait nécessaire de poursuivre dans cette direction.

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